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Jean Trubert, dessinateur, illustrateur, scénariste...

La Vie et l'œuvre d'un homme de talent.

C’est en 1999 que les professeurs de bande dessinée d’Arc en Ciel demandèrent que le nom de Jean Trubert (1909-1983), l’un de leurs maîtres, soit donné à l’école.

Sur les 74 ans de sa vie, soixante ont été consacrés, dès l’adolescence au dessin et à la bande dessinée : plus de 110 périodiques se sont enrichis de sa verve graphiques, de ses coloris recherchés et bien souvent également de ses textes. La bande dessinée lui doit de très nombreuses séries dont assez peu ont fait l’objet d’albums, comme c’était souvent le cas à l’époque. La plus célèbre est la saga du Chevalier Printemps, deux épisodes en plus de 170 planches, repris dans plus de dix pays ; un album, chez Glénat, reprend en noir et blanc l’un de ces épisodes. Mousse et Boule, quant à eux firent l’objet de quatre histoires et trois albums et la reprise du personnage de Bécassine en 1959 (selon le vœu de son créateur Pinchon, qui voulait faire de Trubert son héritier spirituel), donna lieu à trois albums, vendus, en pleine période de nationalisme breton, à 60.000 exemplaires chacun, très gros tirage pour les années ’60..

Mais le grand plaisir professionnel de Jean Trubert nichait dans l’illustration. Pour la presse junior, bien sûr, comme dans Vaillant, ou dans Pipolin, Francs-jeux, Tintin, où il pouvait laisser s’exprimer toute sa poésie, son humour et sa tendresse, mais aussi dans les ouvrages scolaires dont certains sont encore utilisés et, plaisir suprême, dans quelques très beaux ouvrages pour bibliophiles, comme les Contes de Mark Twain, Vert Vert ou les Joyeux devis de Bonaventure des Périers.

Avant de se lancer dans la bande dessinée à 27 ans, il avait démarré une carrière dans la publicité, sous l’aile d’Alain Saint Ogan (Zig et Puce) puis dans le dessin humoristique dans de très nombreux journaux parisiens comme londoniens. Parallèlement, il menait une carrière de boxeur, amateur puis professionnel, avec 101 combats !

Pinceaux, toiles et tubes de peinture à l’huile côtoyaient ses crayons, porte-plumes et flacons d’encre de Chine et une autre facette de ses talents s’exprime dans ses toiles d’abord figuratives aux tons raffinés et à la pâte travaillée, puis une overdose de ses petits bonshommes de bande dessinée le fait progressivement évoluer vers l’abstrait avant un dernier sursaut de figuration très grinçante, proche de la bande dessinée. Homme d’esprit et de culture, il occupe le poste de Régent des Travaux Pratiques de Machines à peindre au Collège de Pataphysique, en compagnie de Boris Vian, Prévert, Raymond Queneau, Ionesco et bien d’autres acteurs du monde des idées.

Etre un dessinateur reconnu par ses pairs, ses éditeurs et son public a permis à Jean Trubert de faire jouer une nouvelle corde de son arc : son sens social. En effet, jusque dans les années 60, les dessinateurs, tout comme les agriculteurs, constituaient une profession sans aucun statut : pas de contrat de travail, pas de Sécurité Sociale, pas de retraite, marche ou crève !

Dès la Libération, il entre au Syndicat des dessinateurs de la presse enfantine, se bat tout d’abord pour défendre les droits des dessinateurs par rapport aux éditeurs et surtout face aux importateurs de dessins américains qui ne respectaient pas les droits, puis, devenu président du syndicat, s’engage dans la grande bataille qui permettra, le 6 août 1963 que les dessinateurs soient enfin assimilés à des salariés et obligatoirement inscrits aux assurances sociales. Jean Trubert et ses quelques confrères de lutte en seront aussi fiers que de leurs plus beaux dessins !

Malade, sans plus aucun goût pour le dessin ni tout ce qui était ses passions, Jean Trubert s’éteint le 23 mai 1983. Tout le monde imaginait cet homme sportif, sobre et sec un jour dans la peau d’un centenaire.

Son œuvre lui survit cependant, et le Club des Amis de Jean Trubert s’efforce de la faire revivre par des rééditions annuelles et des publications d’inédits.

Jean Trubert (1909-1983), dessinateur de bande dessinée, illustrateur, scénariste, écrivain, peintre, boxeur et Pataphysicien, mit, de 1929 à 1980, ses multiples talents principalement au service des enfants. Observateur tendre et humoriste, ses planches, illustrations et recherches personnelles animalières montrent divers aspects du métier d’auteur de BD : croquis très documentés, dessins réalistes, au plus près du caractère de l’animal, interprétation expressive d’animaux-personnages, au naturel ou habillés, auxquels les bulles donnent encore plus de vie. Ses chefs d’œuvre du genre sont sa version du Roman de Renart, mais n’en restent que les recherches de personnages, et l’album inédit de ce récit médiéval se devait de marquer, en 2009, le centenaire de sa naissance et une Arche de Noé géante, dont l’original a malheureusement disparu.